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 D’un régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE) à l’autre, répétition ou évolution de l’histoi

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MessageSujet: D’un régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE) à l’autre, répétition ou évolution de l’histoi   Dim 18 Déc - 10:21:50

Pendant trois ans de 1915 à 1918,
le RMLE représente seul sur le front de l’ouest l’effort de la Légion
étrangère pour maintenir un régiment (2 800 hommes à l’époque) au
combat. Au prix d’un affaiblissement de toutes les autres unités
présentent dans l’Empire, la Légion étrangère parvient à réaliser cette
gageure et le comportement de ce régiment au front lui en apporte un
retour de gloire et d’honneur de tout premier plan. En 1943, lors du
réarmement de l’armée d’Afrique, la même logique prévaut et les
régiments étrangers disparaissent pour alimenter trois unités aux
destins et structures bien différentes : une unité de cavalerie légère
pour la reconnaissance, le 1er REC, une unité d’infanterie motorisée pour les combats en zones difficiles, la 13e DBLE, et enfin une unité pour participer aux combats d’une division blindée : le RMLE.

Mots-clés :

Première Guerre mondiale, Deuxième Guerre mondiale, Légion étrangère, régiment de marche

Plan

Des genèses opposées

Une gestation différente

Une participation commune à la geste légionnaire ?

Texte intégral

1.
14 juillet 1919-18 juin 1945.
À 26 ans d’intervalle, le même régiment est à l’honneur lors du défilé
de la Victoire ; la première fois avec sa fourragère double héritée de
ses neuf citations à l’ordre de l’armée, la seconde avec le bénéfice de
trois nouvelles citations. Curieuse destinée pour un « régiment de marche »
donc par nature une unité de circonstance, créée au fil – au hasard ? –
d’une campagne, que de faire preuve d’une telle longévité ! Que cela
relève de la destinée, il n’est point à en douter, car la longue période
d’éclipse de l’acronyme RMLE ne laissait pas prévoir un tel
enchaînement de faits ; en revanche que cela soit le fruit du hasard,
cet article s’attellera à démontrer qu’il n’en était rien. Séparés par
une genèse presque antinomique, des recrutements différents et des
structures de combat représentatives de la guerre du moment, les deux
régiments de marche de la Légion étrangère, celui des colonels Cot,
Duriez et Rollet, puis celui des colonels Gentis, Tritschler et Olié, se
retrouvent sur le plan de la geste légionnaire, qui magnifie une réelle
mobilisation de la ressource humaine servant à titre étranger et sa
valeur au combat qui confine rapidement au mythe.

Des genèses opposées

2.
Crééle 11 novembre 1915, le RMLE est une unité composée d’hommes marqués
par un an de guerre. Lors de la mobilisation d’août 1914, les
volontariats excessivement nombreux de jeunes étrangers avaient conduit
l’état-major français à reporter leur enrôlement au 20e jour après le début de la mobilisation générale 1.
En effet, le Paris de la Belle époque regorgeant, à la fois, de
nationalistes européens chassés des empires centraux lors des
aspirations révolutionnaires de 1905 et de la décennie suivante, et de
jeunes artistes et intellectuels en mal de liberté dans leurs pays
anglo-saxons encore très rigoristes, un mouvement d’idées très virulent
se manifeste en faveur d’un engagement aux côtés de la France,
championne des libertés contre les empires. Les appels s’étant
multipliés par voie de presse 2, de publication ou d’affichage, près de 40 000 hommes semblent avoir fait acte de pré-candidature auprès des Amitiés françaises 3,
entre le 3 et le 20 août 1914. Sous la surveillance vigilante du
service de santé des armées et peut-être suite à quelques inquiétudes
héritées de la baisse de l’enthousiasme initial, seul un volontaire sur
trois est retenu et peut souscrire un contrat d’engagé volontaire pour
la durée de la guerre (EVDG). Ce ratio apporte tout de même la manne de
10 000 étrangers EVDG aptes au combat avant Noël 1914 et 7 000 autres
avant mars 1915. Si l’on rapporte ces chiffres au volume global de la
Légion étrangère en juillet 1914, cela représente instantanément un
doublement de l’effectif. Les 12 bataillons des deux régiments
étrangers 4
formés majoritairement d’Allemands et d’Alsaciens-Lorrains,
réfractaires au service sous les armes allemandes, vont donc être
fondamentalement renouvelés, dans leur ressource humaine, par ce flot
nouveau.


3.
Ce renouvellement se fait d’abord par l’encadrement des jeunes engagés :
deux bataillons, un par régiment étranger, sont prélevés dès août 1914
pour être dédoublés grâce à ces jeunes EVDG. Naissent ainsi quatre
bataillons assez homogènes, composés pour moitié de « vieux »
légionnaires et pour moitié de « jeunes » EVDG. La rigueur des premiers,
aguerris aux combats marocains des dernières années, contraste avec le
caractère enthousiaste et indiscipliné des seconds, nourris de l’esprit
de liberté qu’ils défendent désormais les armes à la main. Les heurts
existent, la discipline ne s’installe que peu à peu, et si les jeunes
utilisent entre eux l’appellation « les Sidi Bel-Abbès » pour
parler des anciens, la cohésion se fait au front, dès le 18 octobre,
quand les régiments de marche montent en ligne. Il en existe
initialement deux, le 2e régiment de marche du 1er régiment étranger (2e RM/1er RE) et le 2e RM du 2e RE (2e RM/2e RE).

4
Maisce schéma idéal ne permet d’encadrer que quatre bataillons, soit
2 000 légionnaires et 2 000 EVDG environ ce qui représente déjà 1/6e de la Légion d’avant-guerre et à peine 1/10e
du flux d’engagements envisagé. Aussi l’état-major va-t-il laisser
décroître la proportion entre anciens et jeunes tout au long de
l’année 1914. Chaque nouveau bataillon créé compte de moins en moins
d’anciens : les deux derniers bataillons des 2e RM du 1er RE et du 2e RE
sont constitués avec un encadrement en sous-officiers et caporaux
légionnaires, tandis que toute la troupe est novice. De plus, souvent
les officiers sont issus d’une autre arme que la Légion étrangère et
vont commettre l’erreur de laisser les unités, compagnies et sections,
se constituer par nationalités. La cohésion et la valeur combattante de
ces unités s’en ressentira par la suite, y compris jusqu’à
l’indiscipline 5.
Ces deux régiments étant complets, en théorie, dès la mi-septembre, il
reste encore près de 6 000 volontaires répartis entre Paris et la région
de Nîmes-Avignon, alors que la Légion ne compte plus en Algérie que
1 000 hommes dont un certain nombre sont encore à l’instruction. Il est
alors fait le choix de créer deux autres nouveaux régiments de marche
avec des EVDG en s’appuyant d’une part, sur les sapeurs-pompiers de
Paris, dont un certain nombre de cadres ont fait acte de candidature
pour le front – ce sera le 3e RM du 1er RE – et
d’autre part, en constituant un régiment exclusivement italien confié à
l’encadrement de la famille Garibaldi, aidée de quelques officiers de la
Légion étrangère – ce sera le 4e RM du 1er RE.

5
Sansprésumer de la répartition par régiment, il est cependant établi que
ces EVDG, présents au combat ou encore à l’instruction, étaient en
janvier 1915 quasiment exclusivement Européens ou issus des pays
chrétiens du Proche-Orient, Arménie et Liban 6.
Même s’il faut relativiser la fiabilité de la source de ce calcul, tant
l’ouvrage de M.-C. Poinsot prend la forme d’un plaidoyer engagé, cette
tendance permet de mesurer la diversité du recrutement lors de cet élan
initial de 1914. Les combats d’Argonne, d’Artois et de Champagne, qui
vont être autant d’épreuves et d’échecs militaires, vont devoir assumer
le rôle de creusets pour ces unités de marche. Le comportement courageux
mais brouillon du 4e RM du 1er RE, appelé aussi
« Légion garibaldienne », a été rappelé lors du décès de son ultime
survivant, Lazare Ponticelli, le dernier poilu. Entre Noël 1914 et la
mi-janvier 1915, plus de 600 hommes tombent sans résultat dans l’enfer
des bois noirs de l’Argonne. Cinq mois plus tard, l’assaut des Ouvrages
blancs, qui conduit à la prise très éphémère de la crête de Vimy, est un
exploit du 2e RM du 1er RE, mais aussi son
tombeau, puisque sa position trop avancée par rapport aux unités
voisines le conduit à la perte de la moitié de son effectif 7.
Enfin en septembre 1915, la deuxième offensive de Champagne est le
dernier calvaire de ces régiments de volontaires. Le 25 et le
28 septembre 1915, les 2es RM du 2e RE et du 1er RE
se relaient dans une attaque contre les réseaux de tranchées de
deuxième ligne, peu endommagés par l’artillerie. Il manque encore 1 000
hommes à l’appel rendu le lendemain de ces offensives. Dans cet
enchaînement sanglant que fut la première année de guerre, c’est donc au
feu que la cohésion des régiments de marche s’est construite, que la
matière humaine s’est modelée pour donner un alliage cohérent, dont la
valeur combattante est désormais reconnue par trois citations à l’ordre
de l’armée 8.

  • 9 Note 30 du GQG du 1er juillet 1915.
  • 10 Note 1402 du GQG du 4 juillet 1915.
6.
Cette attrition au combat intervient dans un contexte de crise des effectifs
pour la Légion étrangère due au départ des contingents italiens, rendus à
leur pays lors de son entrée en guerre en mars 1915, mais aussi
Britanniques, Belges 9 et Russes 10
rendus à leurs armées respectives et enfin ressortissants des nations
ennemies, Allemagne et Autriche-Hongrie, qu’il a fallu retirer du front
de France et envoyer au Maroc ou en Indochine, par décision
ministérielle, suite à la loi du 5 août 1915 interdisant les engagement à
la Légion étrangère des sujets appartenant aux puissances ennemies. Les
régiments de marche passent ainsi de près de 12 000 hommes, début
janvier 1915, à 3 200, début octobre de la même année.

  • 11 71 officiers et 3 172 hommes de troupe.
7
Le regroupement progressif des unités devient la règle : le 4e RM du 1er RE
réduit à moins de 200 hommes, après l’entrée en guerre de l’Italie, est
dissous en mars 1915 et son reliquat passe aux autres régiments ; le 3e RM du 1er RE,
encadré initialement par les sapeurs-pompiers de Paris, est dissous à
son tour en juillet 1915 et son effectif vient combler une partie des
pertes subies par le 2e RM du 1er RE en Artois.
Fin octobre 1915, il est donc logique de regrouper les derniers hommes,
légionnaires d’avant-guerre et EVDG, réduits au nombre de 3 204, au sein
d’un seul régiment. Cette décision est formalisée le 1er novembre
par le général en chef Joffre qui ordonne la création d’un unique
régiment de marche de la Légion étrangère, régiment constitué à la date
du 11 novembre sur le tableau d’effectif de l’armée française du moment 11 :
un petit état-major avec sa compagnie hors rang (CHR), une compagnie de
mitrailleuses régimentaire et trois bataillons de fantassins
voltigeurs. De plus, le régiment est chargé d’armer deux compagnies de
mitrailleuses au profit de sa brigade de rattachement, la 1re brigade
de la division marocaine. Ce RMLE est alors un régiment composé de
Latins (Français notamment Alsaciens-Lorrains, Espagnols notamment
Catalans, Italiens, Belges et Libanais), aguerris par une année de
campagne au moins et désormais rôdés aux techniques de combat face aux
tranchées.

8
Le 1er juillet 1943,
la création du nouveau RMLE intervient dans un contexte
fondamentalement différent. Alors que la phase initiale de la guerre a
vu se dérouler un schéma d’assimilation des EVDG notoirement différent
de celui de 1914, ce processus a pris fin avec l’armistice de juin 1940.
Il n’y a donc plus, en 1943, dans les rangs de la Légion ou devant ses
bureaux de recrutement, de flux d’EVDG, même si quelques-uns ont été
camouflés à la commission d’armistice par le truchement de bataillons de
travailleurs 12.
La seule ressource disponible est interne, les régiments stationnés en
Afrique du Nord vont donc faire office de réservoirs de forces. Sur le
Maroc, sont prélevés le 2e régiment étranger d’infanterie (2e REI) et la majeure partie du 3e REI ; en Algérie le 1er REI renforcé du reliquat de la 4e demi-brigade de Légion étrangère (4e DBLE)
déjà dissoute lors de son retour du Sénégal, début 1943. Pour être
exhaustif, il faut mentionner dans le même temps l’effort réalisé pour
transformer le 1er régiment étranger de cavalerie (1er REC), ainsi que celui mis en place, avec difficulté parfois, pour fournir à la 13e DBLE son effectif combatant

9
Ledestin des hommes de ces quatre unités d’infanterie, pourtant toutes
stationnées dans la zone de l’empire fidèle au régime de Vichy, a été
très varié au cours des trois premières années de guerre. Si on limite
l’étude à l’échelle des bataillons, sans même entrer dans les cas
individuels, il est possible de recenser des vétérans de la campagne de
France (l’équivalent d’un bataillon revenu de métropole), de la campagne
de Norvège (un bataillon ayant refusé la France libre en juillet 1940),
de la campagne de Syrie (deux bataillons), de la campagne de Tunisie
(trois bataillons survivants sur les cinq engagés). Si les pertes de
Tunisie ont été importantes, l’expérience retirée est décevante. En
effet, sous-armées du fait des conditions d’armistice, les unités
françaises, et notamment celles de la Légion étrangère se sont battues
avec les plus faibles des armes d’hier (fusils et armements individuels,
armes antichars limitées aux plus petits calibres, armes collectives
anciennes) et ont conduit un combat de fantassins à pied contre une
armée nettement plus forte dans le domaine des matériels. L’offensive du
pont du Fahs, où le combat entre les chars Tigre et le 2e bataillon du 3e REI
est significatif du décalage technique, est encore présente dans les
souvenirs. L’héroïsme a tenu lieu de tactique, même si cela a fini par
payer. Le défilé de la victoire à Tunis, le 20 mai 1943, fut, certes,
une belle étape, sauf pour les 2 000 légionnaires mis hors de combat en
jetant des grenades contre des chars de 57 tonnes. Mais avec l’amertume
vient souvent l’envie de revanche, et c’est ce qui ressort des écrits et
témoignages des acteurs de l’époque.

10
Aussien juin 1943, lorsque les ordres de détails sont donnés dans le but de
conduire la rénovation de l’armée d’Afrique négociée lors de la
conférence de Casablanca 13,
la Légion étrangère se voit chargée d’assumer une mission d’ampleur :
créer un régiment de cavalerie de reconnaissance et un régiment
d’infanterie portée aux normes américaines. Le soutien de la 13e DBLE
sur le plan de la ressource humaine ne viendra que plus tard et sera
assumé dans un contexte souvent tendu. Concernant le régiment
d’infanterie portée, le défi est triple : il s’agit de fusionner la
ressource humaine de quatre régiments, de construire – au sens littéral
du terme – le matériel de ce régiment, et enfin d’entraîner
techniquement et tactiquement les légionnaires à l’emploi de ses
matériels nouveaux dans un cadre militaire nouveau. Le RMLE
version 1943 14 est donc une création nouvelle, alors que celui de 1915 était avant tout une fusion.

Une gestation différente

11
Sil’on prend en compte ces circonstances fondamentalement différentes qui
président à la création des deux RMLE, il est dès lors possible de
concevoir les étapes aussi fondamentalement différentes qui conduisent à
leurs mises sur pied opérationnelles respectives.



12
Tout d’abord, le regroupement de la ressource humaine se déroule
en 1915 sans problème puisque les deux régiments de marche (2e RM/1er RE et 2e RM/2e
RE) sont endivisionnés ensemble. Cantonnés dans la région de Verberie,
dans la Somme, ils font partie de la division marocaine depuis près d’un
an pour l’un deux et depuis trois mois pour l’autre. La fusion des deux
régiments ressemble donc beaucoup à une simple mesure de réorganisation
interne, dans le cadre général de la baisse des effectifs de
l’infanterie. Si l’on compare ce mouvement administratif avec les
réorganisations autrement plus importantes du printemps 1917 15,
on mesure le peu de difficultés qu’il représente. Seuls quelques
officiers doivent être affectés au corps, le reste des hommes est déjà
présent. Les unités restent homogènes à l’échelle du bataillon ; rien
n’a changé, mis à part les numéros et les appellations. Pour la mise sur
pied de 1943, le mouvement est plus complexe, mais il est facilité par
les opérations qui viennent de finir. L’essentiel des fantassins
légionnaires vient de se battre en Tunisie et leur retour en Algérie,
après le défilé de la victoire de Tunis, se fait en ordre... et lenteur,
par manque de moyens de transport. Le dépôt commun des régiments
étrangers (DCRE) à Sidi Bel-Abbès joue pleinement son rôle régulateur :
au front, deux régiments de marche viennent de s’illustrer, le 1er régiment étranger d’infanterie de marche (1er REIM) formé par un bataillon du 1er REI et deux de la 4e DBLE et son homologue 3e REIM, formé par un bataillon du 2e REI et deux du 3e REI.

13
Le retrait du front devait marquer normalement un retour de chaque
bataillon à son corps d’origine. Il n’en fut rien ; le DCRE eut à
distribuer les cartes autrement. C’était sa mission ; il avait fait le 6e REI en septembre 1939, préparé le 7e REI pour janvier 1940, annulé cette création au profit de celles du 11e REI en novembre 1939, du 12e REI
en février 1940 et d’un groupement de bataillon de montagne préparé
pour la Finlande et finalement prêt pour la Norvège sous l’acronyme de
13e DBLE. La maison-mère, voulue par le général Rollet dans
ce rôle de gestion de la ressource humaine et constituée d’une
population mixte d’officiers de troupe et d’officiers gestionnaires,
affichait une efficacité redoutable, pour que tout fonctionne 16.
Dès le début de juillet 1943, la ventilation du personnel dans les
unités est effective. Le colonel Gentis, chef de corps désigné, avait
déjà commandé la 4e DBLE puis le 1er REIM. Il
emmène avec lui la majorité de son ancienne structure de commandement,
avec les officiers qu’il a formé au cours de l’année passée au Sénégal
et cette équipe est rôdée. Les bataillons sont plus difficiles à rendre
cohérents ; le 1er est constitué autour de l’ancien 1er bataillon de la 4e DBLE avec un renfort du 1er REI ; le 2e autour de l’ancien 2e bataillon de la 4e DBLE avec un renfort du 2e REI ; le 3e autour des survivants du 3e REI,
très éprouvé en Tunisie. La taille du régiment ne permet ensuite que
rarement un cantonnement groupé ; aussi chaque bataillon conserve, en
même temps que les traditions d’un des REI 17,
une âme particulière dont l’amalgame régimentaire reste à faire, sous
la houlette du lieutenant-colonel Gaultier, commandant en second le
RMLE.

14
Unefois cette ressource humaine attribuée, il convient de l’organiser et
de la former. En effet, autant la fusion de 1915 se produit à un moment
où les mutations structurelles des régiments d’infanterie sont faibles
(augmentation du nombre de mitrailleuses par régiment, mais peu
d’évolutions dans l’emploi), autant la création de 1943 se fait sur une
structure fondamentalement différente. Depuis la plus petite cellule de
combat, désormais organisée autour du véhicule Half Track,
jusqu’au niveau régimentaire, presque tout est nouveau. Le légionnaire
combattant-muletier polyvalent ne sert plus ; il apprend à devenir soit
conducteur-mécanicien, soit mitrailleur de bord, soit fantassin porté.
Avec la fin de l’épreuve égalisatrice de la marche à pied, la
spécialisation individuelle commence. Le cadre de contact évolue de même
et trouve sa place comme chef de groupe ou comme chef d’engin. Le
sous-officier adjoint découvre les joies de la maintenance et de la
logistique, quant au chef de section il apprend à manœuvrer plus vite, à
déborder plus largement et surtout à se coordonner avec les autres
rouages du combat motorisé : les chars, l’artillerie, le génie. Les
capitaines et les chefs de bataillon apprennent à manœuvrer en appui des
chars dans le cadre d’un Combat Command (CC) structure de combat interarmes où se mêlent trois escadrons de char Sherman,
trois compagnies d’infanterie portée, une compagnie d’appui de
bataillon d’infanterie (CAB), une batterie d’artillerie, une compagnie
de chasseurs de chars Destroyer et des éléments du génie. Pour la souplesse de manœuvre, les CC sont divisés en sous-groupements (un escadron de Sherman,
une compagnie d’infanterie et leurs appuis) et les capitaines jouissent
d’une belle autonomie. La structure, les savoir-faire et la tactique de
combat sont donc totalement nouveaux et vont nécessiter un temps
d’apprentissage, sous l’encadrement des équipes américaines
d’instruction du French Army Instruction and Training Corps, basé à Port-aux-Poules.

15
Dejuillet à octobre 1943, le premier défi fut de percevoir le matériel
nouveau. Depuis l’habillement individuel jusqu’à l’ensemble des
matériels de combat, le RMLE fut équipé de neuf en matériels américains.
Vêtements, équipements individuels et d’alimentation furent assez
rapidement pris en compte. Le montage puis la manipulation de l’armement
nécessita plus de délais, la mitrailleuse Browning de 50 18
étant fondamentalement différente et plus complexe que les modèles
français. Enfin la réception du matériel roulant fut, et de loin, la
tâche la plus importante puisque 500 légionnaires furent affectés
quotidiennement au port de Casablanca pour cette mission pendant près de
quatre mois. Ce premier volet fut assumé par le colonel Gentis, avant
que la formation ne soit prise en compte par le second chef de corps, le
colonel Tritschler. La tactique d’infanterie américaine apparaît simple
aux témoins de l’époque 19
et se découpe en techniques successives : combat de rue, attaque de
blockhaus, destruction de champ de mines, maniement d’explosif,
accompagnement de chars. Cet apprentissage est facilité par
l’instruction déjà détenue et surtout par la grande expérience des
légionnaires, tant dans les combats classiques que dans la guerre civile
que beaucoup d’Espagnols, enrôlés après 1938, ont connue.
L’hiver 1943-1944 est nécessaire pour l’assimilation, à tous les
niveaux, de ces nouveaux savoir-faire ainsi que leur mise en œuvre. Les combat command, formés fin janvier, peuvent débuter leur entraînement collectif dans l’Oranais et la 5e division blindée du général de Vernejoul est déclarée prête avant Camerone 20 1944.
L’été permet de poursuivre l’entraînement collectif, avant
l’embarquement tant attendu pour reprendre le combat sur le sol de la
métropole. Il aura donc fallu 14 mois complets avant que le RMLE
version 1943 ne soit engagé, il en avait fallu trois pour que son grand
ancien le soit en février 1916.

Une participation commune à la geste légionnaire ?


16
Sousles ordres des lieutenant-colonel Cot (novembre 1915-février 1917),
Duriez (février-avril 1917) puis Rollet (mai 1917-septembre 1920), le
RMLE version 1915 construit sa légende. Déjà titulaire par héritage de
trois palmes sur son drapeau, il en ajoute, en moyenne, deux par année
de guerre, faisant la course aux honneurs en tête des régiments
d’infanterie. Cette situation est rendue visible avec la création des
fourragères et la mise en perspective savamment orchestrée par le
pouvoir politique après l’épisode des mutineries de 1917. Le caractère
courageux des hommes du RMLE ne peut être mis en cause, mais il est
exploité par le commandement qui fait un grand usage médiatique des
récompenses légitimement gagnées : chef de corps, drapeau et compagnie
d’honneur décorés par le président de la République à Paris lors de la
fête nationale de 1917 ; remise de la nouvelle fourragère par le général
en chef devant ses homologues alliés fin 1917 ; campagne de presse très
favorable dans L’Illustration en 1918. Fort de qualités que
ces campagnes mettent en perspective, ce RMLE place la Légion étrangère
dans une situation de prestige marquée qui se confirmera entre deux
guerres et sera entretenue par les fastes du centenaire de la Légion
en 1931 et la publication du Livre d’or de la Légion étrangère, la même année.

17
Sousles ordres des colonels Tritschler et Olier, ainsi qu’au cours du long
intérim du lieutenant-colonel Gaultier, le RMLE version 1943 eut à se
définir par rapport à cette légende héritée. Au-delà de la transmission
de l’emblème du 3e REI, ancien drapeau du RMLE de la Grande
Guerre, la continuité des symboles est évidente : le nom est conservé,
la référence aux anciens est permanente et l’affichage de marques
légionnaires classiques, képi blanc, ceinture bleue et barbes fournies,
marque un style auquel le lieutenant-colonel Gaultier, commandant en
second puis par intérim, n’est pas étranger. Toutefois, si l’envie des
individus et de l’institution de relever l’héritage est présente,
l’opportunité reste différente. Engagés au feu en novembre 1944 dans la
région à l’Est de Besançon, les Combat Command dont le RMLE
forme l’infanterie connaîtront trois phases majeures de combat : la
saisie du seuil d’Alsace en novembre 1944, la libération de la poche de
Colmar en janvier et février 1945, et enfin la campagne d’Allemagne en
avril et début mai 1945. Malgré un taux de pertes très important
(1 841 officiers ou hommes de troupe tués en moins de quatre mois
effectifs en première ligne) et un comportement au combat irréprochable,
le RMLE version 1945 n’eut le temps matériel d’obtenir « que » deux
citations à l’ordre de l’armée, la première pour les combats en France,
la seconde pour leur poursuite en Allemagne du sud. Ajoutées à la
citation héritée du 3e REIM sur le djebel Mansour en 1943,
ces récompenses amènent donc le drapeau du régiment à arborer un total
de 12 citations, toujours visibles sur la cravate du drapeau du 3e REI à Kourou. Aussi, c’est très naturellement que les rééditions du Livre d’or de la Légion étrangère
en 1955, 1976 et 1981, ont toutes repris la thèse de la filiation par
le nom et par les honneurs entre les deux RMLE et la plupart des auteurs
la considère désormais comme intangible.


18
Dans le même ordre d’idée, les deux RMLE se rejoignent par l’édition, à 20
ans d’intervalle, d’un livre d’histoire-bataille, rédigé sous forme
d’une chronique, améliorée de témoignages et enrichie d’illustrations
originales. Pour le RMLE 1915, il s’agit de l’Historique du RMLE,
édité à Paris en 1926, préfacé par René Doumic, secrétaire perpétuel de
l’Académie française, illustré par le légionnaire Durieux, d’origine
canadienne et pour celui de1943, de La grande équipe 21, illustrée par le dessinateur Alo22,
père d’un officier du corps ayant eu l’autorisation de suivre l’unité
de son fils comme reporter de guerre. Dans ces deux ouvrages, malgré
l’apparence officielle du texte, les épisodes de combat successifs sont
mis en perspective à l’aune des beaux gestes.


19
La durée de la Première Guerre mondiale est compensée par la succession
rapide des actions de la Libération et les quatre mois de combat autour
du Rhin donnent le choix d’un ensemble convainquant de gloires
individuelles et collectives. Que dire en effet du légionnaire
brancardier, artiste allemand23
déjà quadragénaire dont la tête est mise à prix par les nazis pour son
anticonformisme abstrait et qui perd une jambe en secourant un camarade
lors des combats devant Belfort ? N’était-il pas si éloigné de cet autre
légionnaire, écrivain suisse24 qui laissa la main droite dans les combats de Champagne ? Que dire de ce caporal espagnol25 qui rapporte le souvenir de ses combats couchés sur la plaque moteur d’un char Sherman,
survivant à la destruction de plusieurs d’entre eux et poursuivant le
combat, encore et encore ? N’est-il pas l’héritier de cet autre caporal
espagnol26,
décoré de la Légion d’honneur pour avoir conquis, à la grenade et avec
deux camarades seulement, près 600mètres de tranchée à eux seuls ? Que
dire de cette fille de diplomate27,
infirmière volontaire et chef du service social de la division dont le
courage, tant en 1940 sur la Meuse qu’en 1944 en Alsace, sera récompensé
par des citations, mais surtout le titre exceptionnel de vivandière d’honneur ? N’est-elle pas fidèle à l’esprit de dévouement de l’aumônier Gas du 2eRM/1erRE
puis du RMLE, cité pour son comportement auprès des blessés sous le
feu ? Que dire enfin des commandants des bataillons des deux RMLE,
quasiment tous tués ou blessés, du chef de corps, mort d’épuisement
en1945 pour avoir préféré conduire son régiment au combat plutôt que de
quitter ses hommes pour la sécurité d’un sanatorium, ou de celui de
1917, mort au combat, affreusement mutilé par l’arrivée d’un obus de
gros calibre ?

20
Les sacrifices, les actions, les circonstances ont été tout aussi pénibles
que dans d’autres régiments, mais par l’écriture de sa propre geste et
le choix de l’histoire racontée par le biais de chacun de ses acteurs,
le RMLE 1943 communie avec l’esprit des récits de son ancien de 1915. La
défense d’une ferme à Ochey en novembre 1944 devient l’action de la « ferme Camerone »,
et peu importe si le récit se confond parfois avec celui de la saisie
du bois d’Hangard en avril 1918. Sans tomber dans l’affabulation, le
récit de La grande équipe et les témoignages ultérieurs
parviennent à isoler des exemples exaltants qui montrent autant de
souffle épique et émouvant que les récits hérités de la Grande Guerre.
Dans l’esprit comme dans les lettres, les RMLE se rejoignent donc, pour
additionner leurs gloires respectives, dans une chronique historique où
les non-dits ne sont jamais très lointains et où l’historien prend
souvent plaisir à relire le texte savoureux par ces omissions pieuses.
Jamais négatif pour les unités voisines, le récit est cependant
concentré sur une exaltation de la communauté légionnaire au combat et
s’attache à rendre compte des meilleurs aspects de leurs comportements
au feu.


  • 28 Poème du capitaine Pascal Bonetti, 1920.
21
Unis par le nom et par l’esprit, les RMLE ont été les acteurs de deux
guerres fondamentalement différentes, conduites dans des contextes
opérationnels, politiques et humains opposés. Ils ont néanmoins
symbolisé, chacun à leur tour, l’effort de toute la Légion étrangère
pour participer à l’engagement principal de l’armée française sur le sol
de la métropole. En contradiction avec la loi de création de la Légion
et son ordonnance d’application, ce paradoxe est suffisamment marquant
pour que certains auteurs se soient pris à rêver que, sous l’Arc de
triomphe, l’Inconnu aurait pu être un étranger !28

......................................................................................
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MessageSujet: coucou de marseille   Dim 18 Déc - 10:37:57

bonjour merci de cette documentation compléte et intéréssante cordialement
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CHRISTIAN CLAISE
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MessageSujet: Re: D’un régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE) à l’autre, répétition ou évolution de l’histoi   Dim 18 Déc - 14:58:15



Dans le cadre d'un devoir de mémoire initié ensemble, mon collègue a retrouvé la trace dans les registres d'Etat civil de notre commune un de nos concitoyens ayant servi dans la Légion étrangère en 1917.
Il a été tué le 21 août 1917 dans une contre attaque victorieuse menée par son régiment. Nous avons reçu le JMO du régiment grâce à la bienveillance d'une "Amicale d'anciens de la Légion étrangère, qui cultive le devoir de mémoire" .

Ce Belge faisait partie du 1er régiment de marche (1RMLE). On y retrouve effectivement son nom dans les listes des pertes à la date du 21/8/1917.
Dommage, aucun NOM ne nous permettant de remonter la source.
jacky


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CHRISTIAN CLAISE
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MessageSujet: Re: D’un régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE) à l’autre, répétition ou évolution de l’histoi   Dim 18 Déc - 15:15:10

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MessageSujet: Re: D’un régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE) à l’autre, répétition ou évolution de l’histoi   

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D’un régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE) à l’autre, répétition ou évolution de l’histoi
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